Présentation CSIIPDP

Description du colloque

Les efforts et les initiatives déployés par la plupart des pays Africains pour améliorer le développement professionnel (DP) des enseignants et favoriser la croissance des entreprises demeurent insuffisants. Au Bénin, malgré quelques tentatives mises en place par les différents gouvernements pour remédier à la situation, force est de constater que le problème est loin d’être résolu.  En effet, l’actuel gouvernement Béninois a inscrit dans son programme d’action la réforme de l’éducation comme une composante essentielle de la transformation structurelle de son économie, en faisant des objectifs de développement durable (ODD) le fondement de sa réforme éducative (Kokou, 2018). Par ailleurs, il est clair que l’absence de formation des formateurs pourrait constituer un frein à l’atteinte des objectifs économiques du gouvernement.

D’ailleurs, selon les Nations Unies (2014), les objectifs de développement durable (ODD) donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Même si une approche interdisciplinaire comprenant les activités pratiques et localement adaptée peut favoriser l’apprentissage des apprenants et contribuer au développement des compétences transférables nécessaires pour promouvoir les ODD, le personnel enseignant semble ignorer les stratégies d’intégration des ODD dans les curricula. Il s’avère donc important pour les pays Africains d’emboîter les pas à leurs homologues des pays industrialisés qui ont fait des ODD une priorité dans leur système éducatif.

En effet, si l’adéquation entre la formation et l’emploi vise la corrélation entre les compétences requises pour exercer la fonction de travail et les objectifs du programme d’études ainsi que le maintien d’un équilibre entre les besoins de la main-d’œuvre et l’offre de formation, le cycle industriel est plus fluctuant que le système éducatif, car il doit vite s’adapter à l’évolution des marchés. Or, enseigner en Afrique au 21e siècle exige que l’enseignant puisse avoir des compétences particulières auxquelles la formation actuelle prépare moins. Pour répondre aux attentes de la société du 21e siècle, le CSIIPDP se propose d’ouvrir une fenêtre de réflexion pour débattre cette problématique afin de trouver des solutions efficaces. Dans un tel contexte de prescriptions gouvernementales, de mouvance curriculaire et de débats liés aux nouvelles approches pédagogiques, au système LMD (Licence, Maitrise et Doctorat), aux stratégies d’évaluation authentiques et de la professionnalisation de l’éducation, le CSIIPDP se penchera davantage sur les enjeux que soulèvent les quatre principaux axes ci-dessous :

Axes du colloque

Il est à noter que chacun des quatre axes du colloque comprendra une conférence thématique, les tables rondes, des communications scientifiques, des ateliers pratiques, des communications par affiches, les témoignages et des débats entre experts, chercheurs, pédagogues, décideurs en provenance d’organisations internationales, gouvernementales et du milieu des affaires ou des entreprises.

AXE 1. Pratiques d’enseignement selon l’approche par compétences et innovation dans l’évaluation des apprentissages : regards croisés sur le contexte africain et nord-américain

 

Depuis quelques années, le monde de l’éducation vit de nombreux changements en termes d’innovations pédagogiques, technologiques et de gouvernance. Pendant ce temps, plusieurs pays africains, dont le Bénin, ont pris la résolution d’entrer dans le système LMD (Licence, Maitrise et Doctorat). Ces changements ont un impact considérable sur les différents acteurs du milieu éducatif et professionnel (Ngoya, 2016). Même si certains acteurs de l’éducation estiment qu’adhérer au système LMD permettrait d’ajuster les programmes de formation et une meilleure insertion professionnelle, force est de constater que de véritables débats sur la question sont rares et presque inexistants. Ce constat renforce l’idée selon laquelle le système LMD ne serait qu’une préoccupation de façade et non d’innovations pédagogiques.

Pourtant, il est clair que les personnes qui s’engagent dans une démarche d’innovation s’interrogent non seulement sur l’impact que ce changement serait susceptible d’avoir sur elles-mêmes, mais aussi sur les effets d’une telle innovation sur les autres. Plus précisément, les enseignants ou les professionnels qui innovent doivent s’interroger sur les types de formation pouvant favoriser le développement de leurs compétences. De plus, ils doivent se pencher sur les approches pédagogiques les mieux adaptées pouvant favoriser le développement desdites compétences.

Dans un contexte de forte concurrence et de contraintes budgétaires, quelles approches pédagogiques les établissements scolaires et universitaires peuvent-ils adopter pour dispenser un enseignement de qualité ? Quelles sont les approches pédagogiques le plus couramment utilisées en Afrique et en Amérique du Nord ? Comment les enseignants en provenance de ces deux continents amènent-ils leurs étudiants à développer leurs compétences? L’approche par compétences constitue-t-elle en soit un levier pour l’innovation pédagogique? Comment les pratiques numériques influencent-elles l’apprentissage et l’enseignement? Ces questions sont loin d’être fermées et méritent d’être discutées et approfondies afin de trouver des pistes de solutions envisageables pour soutenir les enseignants dans leurs pratiques novatrices.

AXE 2. Adéquation formation-emploi: apport du numérique dans le développement des compétences en Afrique

 

En milieu éducatif et professionnel, l'intégration du numérique est désormais incontournable. En effet, les numériques ont une influence croissante sur l’évolution de la société en générale et affectent de plus en plus les dimensions économiques, sociales et éducatives (Redecker, 2010).

Sur le plan éducatif et professionnel, ces différents changements sont perçus par l’apparition de nouvelles caractéristiques dans les milieux respectifs. Force est de constater que les enseignants ne sont pas suffisamment outillés pour tirer avantage de l'explosion de l'information à l'ère du numérique. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT, 2005), l'accélération de la croissance économique en Afrique subsaharienne au cours des années 2000 n'a pas abouti à une forte amélioration de la performance du marché du travail, en dépit de certains progrès, observés pendant les années 1990. En s’interrogeant sur les causes de cette baisse de performance, le système éducatif semble porter une grande part de responsabilité au regard de l’inadéquation formation-emploi. Pour que les réformes dans le secteur de l’éducation cheminent de pair avec l’emploi des jeunes, Stiftung (2014) pense qu’il faudrait une certaine concertation entre le Ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle et d’autres ministères.

En effet, l’arrimage des programmes de formation aux réalités des entreprises peut être vu comme étant l’adoption par les établissements scolaires et universitaires des compétences et des attitudes propres aux entreprises. Il s’avère donc primordial pour ces institutions de s'ajuster aux impératifs des milieux professionnels, d’autant plus que l’un des objectifs de l’éducation est de favoriser l’intégration des individus au marché de l’emploi. Dans une telle optique, il parait important de s’assurer qu’il y ait une adéquation entre les formations suivies par une personne et les réalités vécues en milieu professionnel. Or, pour maintenir une assurance qualité des programmes d’études et de formation, la question de l’arrimage entre les pratiques éducatives et les réalités organisationnelles reste à élucider, car les milieux éducatifs et professionnels ne disposent pas suffisamment d’outils ni d’informations sur la façon de réaliser l’arrimage. Le système éducatif devra donc former et mettre à la disposition du marché du travail, une main-d’œuvre ayant des compétences correspondant aux attentes des entreprises. Cette manière de procéder pourra entrainer des réformes tant souhaitées par la communauté éducative et favoriser l’adéquation formation-emploi dès la base. C’est justement à ce niveau que l’intégration du numérique en milieu éducatif et professionnel s’avère incontournable.

D’ailleurs, lors de la semaine du numérique (SENUM) tenue à Cotonou en novembre 2018, son Excellence Mme la ministre Aurélie Adam Soulé a précisé que l’ambition du Gouvernement du Bénin est de moderniser l’acquisition des compétences par l’intégration du numérique au niveau de l’éducation et de la formation. Selon elle, c’est cette volonté qui permettra à tout le système éducatif (maternel, secondaire technique et professionnelle, supérieure, recherche scientifique) de résoudre un certain nombre de difficultés afin d’atteindre les objectifs visés. Durant cette SENUM, les experts et les conférenciers nationaux et internationaux ont formulé plusieurs recommandations pouvant favoriser l’enrichissement de l’écosystème et l’identification des solutions efficaces relatives aux enjeux du numérique en milieu éducatif et professionnel.

Le 2e colloque scientifique international organisé par l’AIPDP vise entre autres à répondre aux différentes questions qui ont été soulevées lors de la SENUM, à savoir :

Quelles sont les stratégies de formation de main-d’œuvre pouvant répondre aux besoins du marché du travail afin d’optimiser la productivité et assurer la compétitivité des entreprises Africaines en général et béninoises en particulier au 21e siècle? Comment les entreprises du numérique peuvent mobiliser les différents types de formation pour faire face au renouvellement des compétences? Comment améliorer les méthodes d’enseignement et d’apprentissage à partir des plates formes numériques?

AXE 3. Bien-être psychologique au travail : indicateur de performance, dimension essentielle du développement professionnel et source d’épanouissement au travail

 

Depuis plusieurs années, les problèmes liés à la santé psychologique au travail (SPT) augmentent de façon considérable et représentent pour les travailleurs du milieu éducatif et professionnel un enjeu de plus en plus inquiétant (Dagenais-Desmarais et Privé, 2010; Ngoya, 2016). De plus, dans les milieux éducatifs et professionnels, peu d’efforts ont été consacrés pour développer les connaissances sur le bien-être psychologique au travail arrimé à la réalité des professionnels. Pourtant, ceux-ci constituent la principale source de développement stratégique pour l’évolution des milieux professionnels. Cela suppose que pour toute institution ou organisation, le principal enjeu est le bien-être des employés et leur valorisation. Toutefois, le contexte éducatif et organisationnel actuel des pays africains et du Bénin en particulier, offre peu d’outils pédagogiques pour préparer les enseignants et les autres professionnels à mieux gérer leur bien-être psychologique au travail.

Ce troisième axe de colloque qui s’intéresse particulièrement au développement professionnel et la santé psychologique au travail permettra de présenter divers moyens pour développer des compétences psychologiques en vue d’une meilleure insertion professionnelle.

 

AXE 4. Place des objectifs de développement durable (ODD) dans les curricula : clarification conceptuelle et stratégies d’intégration

 

Selon les Nations Unies (2014), les objectifs de développement durable (ODD) donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ainsi, les ODD sont au cœur des systèmes éducatifs de tous les pays membres ayant adopté le programme de développement durable à l’horizon 2030. D’ailleurs, lors du 1er colloque scientifique international organisé au Palais des Congrès de Yaoundé (2018), l’Inspecteur pédagogique de second degré M. Lucien Kokou avait précisé que des dix-sept (17) ODD adoptés au siège des Nations Unies à New York en 2015, deux (2) interpellent particulièrement les systèmes éducatifs des pays africains, soit :

(1) « garantir une éducation de qualité, sans exclusion, équitable avec possibilités d’apprentissage pour tous tout au long de la vie » et (2) « promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous. ». Selon l’Inspecteur, si l’approche par compétences (APC) était la mieux indiquée pour répondre à l’atteinte des ODD, il n’en demeure pas moins que

« … dans certains pays, l’utilisation des dispositifs professionnalisant dans une dynamique ouverte à la réflexivité demeure un principe de base de la formation professionnelle des futurs enseignants, d’autres pays comme le Bénin en sont encore à des formes d’apprentissage calquées sur le mimétisme et l’imposition des savoirs professionnels. Ces modèles de formation ne produisent pas les mêmes résultats. »

Ces propos de l’Inspecteur (ancien Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle) vont dans le même sens que le gouvernement du Canada qui estime que l’éducation est la clé qui permettra d’atteindre les ODD. C’est ainsi que dans son budget de 2018, le gouvernement du Canada avait consacré une somme de 49,4 millions de dollars sur 13 ans afin de faciliter l’atteinte des ODD, dans la mesure où lorsque les personnes ont accès à un enseignement de qualité, elles peuvent non seulement rompre le cycle de la pauvreté, mais aussi trouver les moyens de vivre de façon plus saine et plus durable. Or, les progrès en matière d’ODD sont insuffisants dans la plupart des pays Africains pour atteindre les objectifs et la cible du Programme énoncé par les Nations Unies d’ici 2030.

« Cela est particulièrement vrai pour les groupes les plus défavorisés et marginalisés. Les jeunes sont trois fois plus susceptibles d’être sans emploi que les adultes. Moins de la moitié de tous les enfants et adolescents n'ont pas le niveau minimal de compétence en lecture et en mathématiques. » (ONU, 2018, p.3)

Ainsi, la réa­lisation dudit Programme tel que prescrit par l’ONU nécessite des mesures imminentes et énergiques de la part des pays Africains, avec des partenariats de collaboration entre les gouvernements, les acteurs du milieu éducatif et professionnel à tous les niveaux. Cet ambitieux programme exige une modification approfondie en matière de formation du personnel enseignant et professionnel tel que décrit dans le plan sectoriel de l’éducation Post 2015 (2018-2030) du gouvernement Béninois.

Étant donné que l’un des buts des ODD est d'assurer l'accès de tous à une éducation de qualité et de promouvoir les possibilités d'apprentissage tout au long de la vie, ce 2e colloque scientifique international de l’AIPDP visera entre autres à répondre aux différentes questions qui sont constamment soulevées en milieu éducatif et professionnel, à savoir :

Quelles sont les stratégies de mise en place des ODD en milieu éducatif et professionnel en Afrique au 21e siècle?  Comment intégrer efficacement les ODD dans les curricula? Comment les enseignants d’aujourd’hui peuvent-ils concevoir les outils pédagogiques en visant l’atteinte les ODD?